Batéria ou Batucada
O que é a Batucada ?
Parmi les 140 associations qui existent dans la ville où je réside. Il en est une qui a pour spécificité et objectif de faire du bruit, du son, de la musique. Mais pas n’importe laquelle, ni n’importe comment : uniquement par l’entremise des percussions.
Cette asso se nomme, les « Tambours d’Ivry* ». Forte de sa trentaine d’adhérents de tous âges et tous horizons, elle propose des cours de batucada : vous savez, ce rythme percussif, syncopé qui avec de bonnes vibrations, pousse à bouger son corps parfois jusqu’à la transe.
Indiscutablement, la batucada est un art qui claque, se niche dans l’oreille, et s’exprime sur des instruments qui viennent de l’autre côté de l’Atlantique. Elle passe par une pratique, qui a ses codes, ses repères. Par ailleurs, lors des mouvements des maillets (ou mailloches) ou des baguettes, elle muscle les bras, le tronc, les jambes et demande une vigilance de tous les instants.
Dans les faits, il s’agit de jouer, d’envoyer de bonnes vibrations.Dès lors, c’est là que le mot orchestre prend tout son sens, car chaque naipes groupe d’instruments (voir la liste ci-dessous) sous l’égide d’un mestre ou d’une mestra – utilisant des codes et signes cabalistiques étranges aux profanes – doit être à sa place. Cette action et cette mise en commun donnent force, diversité, éclat sonore et cohésion à l’ensemble.
Localisés sur le quartier du Petit-Ivry, les Tambours d’Ivry ont pour but « De créer une dynamique de quartier. De favoriser l’émergence d’une vraie vie de quartier par le biais d’une activité de proximité. »
A cette fin, il est proposé aux habitants de la ville et d’ailleurs ; dans le cadre d’un partenariat avec la « maison de quartier », une initiation et l’apprentissage des percussions brésiliennes. Par ailleurs, cette activité a aussi pour vocation d’encourager la découverte des origines de la Batuque et ce faisant, procéder à un décloisonnement social et culturel. »
Cela n’est pas sans attirer les enfants ; lesquels, hors du cocon familial trouvent là un espace ouvert ; ainsi que des outils leur permettant – par l’entraînement, l’approche du langage musical, l’écoute et le partage – d’acquérir leur propre expression sonore.
Concrètement, aux « Tambours d’Ivry », on pratique le samba-reggae, qui dans les années 1970 fut créée par Neguinho du Samba1. Ce mélange tonique, qui puise sa source dans la samba et le reggae afro-caribéen, est structuré par les mélodies rythmiques du candomblé, et une référence religieuse constante aux divinités afro-brésiliennes.
Cette universalité est directement issue de la « culture noire » qui s’affirme désormais. Le samba-reggae est souvent associé à la région de Salvador de Bahia, où se regroupe la plus forte population afro-brésilienne du pays.
Comme toute pratique musicale digne de ce nom, il est fédérateur et joue un rôle sociétal important. À ce jour, il est impossible de le dissocier de l’éducation et de l’intégration de la jeunesse brésilienne. Ainsi, lorsque l’on fait partie d’un « bloco », on représente une entité solide, fière de ses origines, de ses couleurs, portant le message du partage et de la mixité.
Grâce soit rendue aux bénévoles qui animent cette structure majoritairement féminine, et à sa présidente : cheville ouvrière de cette « école »musicale d’un autre genre.
Petite histoire de la Batuque
Il est bon de s’arrêter un peu, afin d’évoquer l’histoire de cette musique – car musique il y a – et son rayonnement. La batucada prend naissance dans un syncrétisme afro-luso-indigène, lequel a donné au Brésil, cette terre de mélange, une identité culturelle rare. Conçue, pratiquée à partir d’instruments traditionnels, elle a pris sa source aux alentours du XIXe, siècle à Rio de Janeiro et a continuellement évolué.
Aux dires des spécialistes, elle a pour origine le batuque africain. De fait, dans cette appellation, batuque, résonnent des inflexions, des histoires venues d’ailleurs. A noter que étymologiquement, batucada a aussi pour racine le verbe portugais « batucar » qui signifie battre, frapper. Toutefois, au Brésil, seul le mot bateria est utilisé dans les écoles de Samba.
Indéniablement, cette orchestration est imprégnée d’apports des esclaves provenant d’Afrique de l’Ouest : lesquels s’échinaient après le « Grand passage » dans les plantations (de canne à sucre, de café), dans les fazendas (domaines agricoles) ou encore dans les mines (pour l’extraction de l’or, des pierres précieuses). Les instruments qu’elle nécessite constituent donc une bateria. Par corrélation, les percussionnistes sont appelés batuqueiros.
En France, le terme batucada s’applique uniquement à des groupes jouant des percussions brésiliennes. À noter que ces instrumentistes peuvent exécuter différents styles du répertoire. Par extension, ce terme désigne tout genre musical ou le samba est porté, soutenu par les tambours et d’autres moyens de frappe.
Au Brésil, ce genre qui renforce l’identité du pays est reconnu partout. Or, c’est à Rio de Janeiro que sa présence est la plus importante, en raison du Carnaval et des performances à haut niveau des écoles de samba.
Les 13 instruments qui la composent jouent un rythme binaire : le samba syncopé. Cependant, leur son diffère de celui des percussions africaines, afro-cubaines et caribéennes pour lesquelles (excepté les timbales) la frappe se fait à la main.
Composition de la bateria
Les instruments quelle combine et assemble sont les suivants :
Le Répinique ou repique. Proche de la caisse claire, doté d’un long fût, le Repinique n’a pas de timbre et produit un son mat, sans résonnance. Il a deux rôles : 1. Premier repinique. Il lance des appels rythmiques, sur la base de questions-réponses, qui pulsent et vont chauffer à blanc la Batéria). 2. Repinique de tourne : il maintient la vitesse frénétique de la batéria. On trouve cet instrument dans le samba reggae. Il est joué avec deux baguettes en plastique. À Rio et dans le sud du pays, on le manie avec d’une part une baguette en bois tandis que l’autre main frappe la peau.
Le (gros) Surdo. Volumineux, formé d’un châssis en métal ou en bois, aux sonorités graves. Il marque les temps forts, et constitue le cœur métronomique de l’orchestre. Comme pour le repinique, le surdo est utilisé avec une mailloche qui frappe, alors que l’autre main se pose sur la peau, afin d’atténuer les résonnances. Dans les écoles de Rio, le surdo se décline ainsi : Surdo de première. Surdo de marcation (de seconde). Surdo de terceira (troisième).
Les petits surdos (ou Dobras). En double ou en coupe simple, ils jouent les contre-chants et les contretemps.
La Caixa. Il s’agit d’une caisse claire, composée d’un fût en métal – plus rarement en bois et de deux peaux en plastique ou de peaux animales. Elle se travaille avec deux baguettes : sans sangle (on l’utilise afin d’avoir un son en hauteur) ou avec une sangle (pour des phrases rythmiques jouées en basse tonalité). La Caixa est l’âme de la samba.
Le Tamborim. Cet instrument tient dans une main. Il est frappé avec une baguette souple. La technique consiste à le faire tourner, afin d’obtenir par la virade un bon swing musical. Dans les baterias de Rio et de São Paulo, les tamborims interprètent des enchaînements permettant d’accompagner la chanson du Carnaval.
L’Agogo. Il s’agit de deux ou quatre cloches en métal, tapées avec une baguette en bois.
Le Chocalho. Original parce que d’un usage inattendu, il comporte des poignées et des cymbalettes en acier. À l’usage, lorsqu’on le secoue, elles produisent un son aigu et sec. Le Chocalho intervient (bon dernier) après le démarrage de tous les instruments de la bateria.
Le timbao (ou Timbal). Généralement conique, en alu, il permet d’assurer les accompagnements et les séquences rythmiques solistes. Il se joue debout, porté verticalement à l’aide d’une sangle, mais il peut aussi être posé sur un pied. Sa technique de frappe à deux mains est proche de celle du djembé et des congas.
L’Apito, la Cuica, la Frigideira, la Ganza, le Pandeiro, le Reco-Reco, le Tibao, les Xéquérés, peuvent au besoin compléter la liste instrumentale.
Dès lors, on dispose d’un échantillonnage divers, étoffé d’outils de frappe. De facto, le timbre, la hauteur du son, l’expression de chaque percussion, peuvent être évolutifs et variés. Toutes les combinaisons sont envisageables, d’autant que les musiciens se déplacent. En interaction totale, ils peuvent même exécuter une chorégraphie.
Concrètement, dans la pratique, l’apprentissage du Batuque est progressif : chaque percussion fait appel à une technique et dispose d’un langage enseigné dans une perspective de progrès. Certaines écoles précèdent les cours d’exercices de coordination motrice, et de préparation à l’impulsion rythmique. Le but étant que chacun connaisse les figures de base et variations possibles. Il s’agit là d’un entraînement au jeu en groupe, qui implique : attention, écoute, partage. Ainsi obtient-on un orchestre homogène.
De facto, la constitution d’une bateria donne un timbre, une « signature » à l’ensemble. Un placement judicieux des musiciens a toujours un impact émotionnel sur le public. Au Brésil, en signe de résistance à la culture dominante, chaque école de samba préserve jalousement ses compositions, dont certaines sont issues de rituels africains, et mises sous le patronage des personnages tutélaires du Candomblé.
Caractéristiques et effets dans une bateria de samba
Le tempo
Les baterias jouent à une allure soutenue, à raison de 140/150 battements par minute. Les tempos les plus lents favorisent la cadence, le swing, tandis que les plus élevés sont explosifs, dynamiques et entraînants.
Les breques (breaks) et bossa
Ce sont des effets rythmiques consistant à faire de courtes pauses, des respirations dans l’exécution du samba. Ils sont introduits par des phrasés qui s’opposent à la cadence globale. Ce « mode » peu routinier permet de structurer autrement la musique.
Les paradinhas (petits arrêts)
Dans les années 1960, le mestre de bateria André (José Pereira da Silva)2 créa un « effet musical », qui avait pour objet d’arrêter d’un coup tous les instruments de percussion, afin de laisser jouer le cavaquinho*3 et s’exprimer les voix, le chant. Le résultat fut saisissant, et donna à l’ensemble un style peu commun à l’époque.
Apagão
En 2012, Ivo Meirelles4 décida, en termes de composition musicale, d’aller plus loin. Il produisit, pour la réputée école de samba de Rio Mangueira, une interruption poussée du rythme. Appelée Apagão (autrement dit, coupure électrique) ou paradona (gros arrêt). Elle consistait également à stopper d’un coup les percussions et autres instruments pour permettre à l’auditoire ainsi qu’aux participants de gazouiller à tue-tête.
Termes concernant les baterias
Naipes
Ce mot sert à identifier un groupe spécifique d’un même instrument : naipe de surdos, naipe de tamborins, naipe de caixas, etc…
Batidas
C’est le battement, la pulsation. On peut utiliser ce terme pour désigner la manière globale qu’une bateria a de jouer : à savoir, si elle a un tempo, un balancement régulier ou non.
Virada
Cet effet rythmique a pour fonction d’indiquer la fin du samba.
Chaque année avant le carême, dans un syncrétisme peu commun, c’est la créativité, la vitalité, la joie, la paix, l’identité et la cohésion d’un peuple, qui s’expriment pendant le carnaval (dont le sens viendrait de « Carne Vale » : l’adieu à la viande). Ces célébrations de masse d’inspiration européenne font danser tout le pays. Les échos de ces réjouissances hantent les Sambadromo, bien après le mercredi des Cendres et la période de privation de 40 jours, qui s’achève le jour de Pâques.Mais, ceci est une autre histoire.
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Sources
Sites :
https://web.ac-reims.fr
Bonjour Brasil : https://www.bonjourbrasil.com/
Carnaval de rio.fr : https://www.carnaval-de-rio.fr/definition-des-termes-du-carnaval-et-du-bresil/bateria/
Djoliba : https://djoliba.com/fr/
Percussions brésiliennes : http://www.percussions-bresiliennes.fr/index.html
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* Les Tambours d’Ivry. 44 rue Jean Le Galleu. 94200 Ivry-sur-Seine
Téléphone : 06 10 57 76 19
1. De son vrai nom, Antônio Luís Alves de Souza (Salvador, 21 juin 1955 – Salvador, 31 octobre 2009) il était un mestre de bateria à qui on attribue la création du samba-reggae. Il fut le fondateur et l’un des directeurs de l’Olodum : une formation musicale, liée à l’Association Éducative et Culturelle, Didá, basée à San Salvador. Neguinho est décédé en 2009, suite à des suites des problèmes cardiaques.
2. Mestre André, était le chef de la batterie de la Mocidade Independente de Padre Miguel, décédé le 4 novembre 1980. Source : http://academiadosamba.com.br
3. Le cavaquinho fait partie intégrante dans la musique brésilienne. On l’utilise comme instrument soliste ou pour accompagner le chant. Ressemblant à une petite guitare, on le retrouve sous différentes formes à travers le monde : à Madère aux Açores, et même à Hawaï, où il donna naissance au ukulele. Cet instrument à cordes s’est beaucoup répandu au Brésil. Dans le langage courant, il est aussi surnommé Cavaco.
4. Ivo Meirelles est un compositeur brésilien, et le chanteur principal du groupe Funk’n’Lata. Il a été président de l’école de Samba Estação Primeira de Mangueira jusqu’en avril 2013. Il est connu pour ses fusions rythmiques de la samba avec de la musique pop, funk et soul.







